Jumelé et sindicalistes : le secteur public face à une réduction des effectifs et une pénurie de main d'œuvre
Le gouvernement et les syndicats s'engagent dans une négociation accélérée concernant le nouveau modèle de jornada, tandis que la planification de l'Offre d'Emploi Public (OEP) pour 2026 se précise. Initialement, l'exécutif visait une offre similaire à celle de 2025, avec près de 27 000 postes dans l'administration, complétés par environ 36 000 agents de sécurité.
Une projection alarmante pour l'administration générale de l'état (age)
Cependant, les organisations syndicales pointent du doigt un potentiel déficit, soulignant que la réduction de la jornada – passant de 37,5 à 35 heures hebdomadaires, ce qui représente une diminution de 7,1% du temps de travail – exigera une réorganisation des ressources ou une augmentation des effectifs pour maintenir le niveau de service. L'impact est particulièrement sensible dans des domaines déjà tendus comme le Pôle Emploi, la Sécurité Sociale ou les prétoires d'étrangers, confrontés à des processus complexes de régularisation de centaines de milliers de personnes.
Les syndicats insistent clairement : une diminution du temps de travail ne peut se traduire par une détérioration de l'accueil du public. La clé réside dans le renforcement des effectifs, un besoin impératif compte tenu de la situation déjà critique.

Un système en épuisement : l'âge des fonctionnaires
L'instauration des 35 heures intervient dans un contexte délicat pour l'administration. Les effectifs sont réduits, et confrontés à un vieillissement structurel de la main-d'œuvre. Un rapport de Fonction Publique, datant de 2014 à 2019, révèle que, en 2020, plus de 66% des fonctionnaires de l'AGE avaient 50 ans ou plus, avec une moyenne d'âge supérieure à 51 ans, et ce chiffre était encore plus élevé pour le personnel à durée indéterminée, dont l'âge moyen atteignait 54,1 ans. Sur la période analysée, 45 821 postes ont été supprimés, contre 17 784 créations. Cela implique que les nouvelles recrues ne compensent pas les départs, et que l'âge moyen des effectifs ne diminue pas, faute à massivement intégrer du personnel plus jeune.
Les prévisions pour 2030 sont sombres : une perte massive de personnel, avec 56,82% de la main-d'œuvre actuelle (2020) prévus pour prendre leur retraite. Les collectifs les plus touchés sont C2 (72,28% de départs), C1 (61,85%) et E (94,96%). Malgré des efforts de redressement ces dernières années, le déficit cumulé persiste. CSIF estime que plus de 20 000 emplois nets ont été perdus au cours de la dernière décennie dans l'AGE, dans un scénario où 50 900 personnes ont plus de 60 ans, se rapprochant de l'âge de la retraite. Cette situation aggravera les besoins en personnel pour la prestation de services à la population.

L'oep 2026 : un enjeu stratégique
Dans ce contexte, l'Offre d'Emploi Public (OEP) est déterminante. Elle ne se limite pas à combler les postes vacants, mais vise à adapter l'administration au nouveau modèle de travail. Cependant, le point de départ est complexe, avec des milliers de postes non encore publiés des offres antérieures. Plus de 5 700 emplois pour le personnel à durée indéterminée et 3 200 pour le personnel temporaire restent à pourvoir. Les syndicats réclament non seulement plus de postes, mais aussi une plus grande agilité. Ils demandent que les procédures de sélection débutent au même moment que leur approbation, afin d'éviter les retards qui diluent l'impact des offres. La question cruciale est de savoir si cette nouvelle offre générera réellement des emplois ou se limitera à remplacer ceux qui prennent leur retraite.
L'OEP de 2025 n'a pas permis d'accroître le nombre d'emplois nets, car les départs ont dépassé les recrutements. Par conséquent, les principales centrales syndicales n'ont pas soutenu cet accord. Elles exigent désormais que la nouvelle offre dépasse cette limite et renforce efficacement les services publics. Des changements structurels, comme la suppression de la taxe de remplacement, qui limite la capacité des administrations à recruter en fonction de leurs besoins réels, sont également demandés.

Une adaptation logistique nécessaire
L'instauration des 35 heures exige une révision de la planification des ressources humaines, des plannings et de l'organisation interne. Les services assurant une présence publique ou des fonctions continues devront adapter leurs horaires. Les heures supplémentaires, y compris les 40 heures, seront réduites proportionnellement, et chaque organisme devra ajuster son calendrier. L'objectif, selon le gouvernement et les syndicats, est de moderniser l'administration, d'améliorer la conciliation et d'attirer les talents. Malheureusement, cet objectif est confronté à la réalité : sans renforcement suffisant, la réduction de la jornada pourrait encore aggraver un système déjà sous pression.