Lange, 1921 : la technologie, un outil dangereux ?

« La technologie est un serviteur utile, mais un maître dangereux ». Cette phrase, prononcée par le historien norvégien Christian Lous Lange il y a plus d'un siècle, résonne avec une pertinence troublante aujourd’hui. L’avertissement du Prix Nobel de la Paix semble plus actuel que jamais, alors que l’intelligence artificielle remodèle nos vies.

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L'écho d'un pacifiste éclairé

Lange, secrétaire général de l'Union interparlementaire pendant deux décennies, avait anticipé les dangers d'un progrès technologique non encadré. Son travail sur l'internationalisme, publié en 1919, a influencé la création de la Société des Nations. Il voyait déjà les frontières territoriales comme obsolètes face aux communications mondiales, une vision qui préfigure la mondialisation.

Le problème n'est pas la technologie elle-même, mais la manière dont elle est utilisée. L’outil devient alors le centre de nos décisions et de nos relations, inversant le rapport de force. Lange avait observé cela avec le train, le télégraphe et l'armement industriel, des technologies qui ont transformé le commerce et les communications, mais aussi doté les États de capacités destructrices.

Giorgio Parisi, physicien et Prix Nobel, confirme les inquiétudes de Musk et de Gates : l'IA pourrait nous offrir plus de temps libre, mais au prix de nos emplois. La vitesse du progrès technique a dépassé celle de la pensée institutionnelle, aboutissant à des conflits meurtriers. Les réseaux sociaux, conçus pour connecter les gens, structurent désormais l'opinion publique et amplifient la désinformation à une échelle que leurs créateurs n'avaient pas imaginée.

Les algorithmes de recommandation, pensés pour personnaliser l'expérience utilisateur, façonnent nos choix et renforcent nos convictions. L'intelligence artificielle promet automatisation et efficacité, mais soulève des questions d'éthique, d'autonomie et de contrôle qui restent sans réponse claire.

Lange avait compris que l'on adoptait l'outil avant de construire le cadre pour le gérer. On scale, puis on régule. On implante, puis on se demande si on aurait dû le faire. La question qu'il posait, il y a plus d'un siècle, reste d'actualité : utilisons-nous la technologie, ou est-ce elle qui nous organise ?

Le fait qu'un historien pacifiste du XIXe siècle ait formulé cette observation avec plus de lucidité que la plupart des débats technologiques du XXIe est une révélation. Nous avons progressé sur certains fronts, mais pas sur la question fondamentale du contrôle.

La leçon de Lange est claire : le progrès technologique doit toujours être guidé par une réflexion éthique et une vision à long terme, sinon il risque de nous dépasser.