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Applications de rencontres : tinder tente un coup de jeune face à l'érosion

L'euphorie numérique des rencontres en ligne s'étiole. Tandis que Hinge gagne du terrain auprès des Européens, les géants Tinder et Bumble, jadis rois incontestés, voient leurs revenus et leur base d'utilisateurs se réduire, signe d'un malaise croissant chez les usagers. Le modèle même des applications de rencontres est remis en question.

L'usure des algorithmes et la désillusion des z

Les chiffres sont sans appel : Tinder accuse une chute de 3% de son chiffre d'affaires au dernier trimestre, avec une diminution de 6% de ses utilisateurs payants et une perte de 500 000 profils en un an. Bumble et Badoo ne sont pas en meilleure posture, enregistrant respectivement une baisse de 10% et 11,1% de leurs revenus, tandis que la réticence à payer pour des services additionnels s'accentue. Ce déclin s'inscrit dans un contexte plus large, documenté par des rapports tels que ceux du Pew Research Center et Singles Report, qui pointent du doigt l'effet « piège » – un terme popularisé par la professeure de communication Lucía Caro – où les algorithmes privilégieraient la rétention des utilisateurs et la stimulation de la consommation plutôt que la recherche sincère d'un partenaire.

L'attrait initial, la promesse d'un « match » toujours meilleur, s'est transformé en une spirale d'insatisfaction. Les conséquences sont multiples : le ghosting, la prolifération de faux profils, les arnaques et le phénomène des « collectionneurs de likes », ces individus en quête de validation superficielle, creusent le fossé entre la réalité et les attentes. Derrière le vernis technologique se cache une forme de solitude amplifiée.

Tinder réagit : ia, musique et astrologie

Tinder réagit : ia, musique et astrologie

Conscient de ce marasme, Tinder a annoncé une série d'innovations la semaine dernière, dans une tentative de se réinventer. L'interface de l'application s'inspire des dernières versions d'iOS, la modération des contenus est renforcée et une attention particulière est portée à l'encouragement d'interactions respectueuses. Mais la véritable nouveauté réside dans l'intégration de l'intelligence artificielle, censée affiner les recommandations et s'éloigner d'un simple brassage aléatoire de profils. Si cette fonctionnalité est déjà disponible aux États-Unis, au Canada, en Australie et en Nouvelle-Zélande, son déploiement en Europe est conditionné par les réglementations en matière de protection de la vie privée.

L'IA de Tinder analyse les photos stockées sur le téléphone pour déceler des traits de personnalité et des centres d'intérêt, et évalue les retours des utilisateurs pour affiner ses propositions. Des options ludiques, comme le mode « Musique » (basé sur les goûts musicaux) et le mode « Astrologie », sont également proposées pour faciliter les brise-glaces. Des événements sont même organisés à Los Angeles, et une version « speed dating » en visioconférence de trois minutes est en préparation.

Pourtant, comme l'aurait souligné le philosophe sud-coréen Byung-Chul Han, il est difficile de s'échapper des dynamiques narcissiques qui gangrènent la société. Le dégoût affiché envers Tinder et Bumble témoigne d'une crise plus profonde : l'anxiété numérique, l'illusion d'une abondance factice et l'équation réductrice de l'individu à un produit de consommation. Le CEO de Match Group, Spencer Rascoff, vante une application plus « sécurisée, sociale, intelligente et expressive », mais la Technologie ne saurait remplacer la magie d'une rencontre fortuite, un processus qui, selon les experts, remonte à plus de 75 000 ans.