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Écrivains en grève : l'ia vole leurs mots ?

Londres – Un mouvement inédit secoue le monde littéraire. Près de 10 000 auteurs ont lancé une protestation massive, une forme de dénonciation farfelue mais percutante : la publication d'un livre presque vide intitulé Don’t Steal This Book. Le titre, ironique, résume parfaitement l'amertume qui les anime.

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Le cœur du problème : l'exploitation des œuvres sans consentement

L'ouvrage, qui ne contient qu'une simple liste de noms de signataires, vise à dénoncer l'utilisation massive d'œuvres protégées par le droit d'auteur par les entreprises d'intelligence artificielle. Des géants du secteur exploitent des textes issus d'Internet pour entraîner leurs algorithmes, souvent sans autorisation ni compensation pour les créateurs.

Parmi les plumes engagées figurent des noms prestigieux tels que Kazuo Ishiguro, Philippa Gregory et Richard Osman, illustrant l'ampleur de l'inquiétude. L'initiative, orchestrée par l'activiste Ed Newton-Rex, est perçue comme une réponse directe à une menace grandissante pour l'avenir de la création.

« L'industrie de l'IA est construite sur du travail volé, pris sans permission ni paiement », affirme Newton-Rex. Il alerte sur les conséquences pour les auteurs : « Cela n'est pas un crime sans victimes : l'IA générative concurrence les personnes dont le travail est utilisé pour l'entraîner, leur volant leurs moyens de subsistance. »

Le débat est exacerbé par le fait que les systèmes d'IA nécessitent d'énormes quantités de données textuelles, dont une part significative provient de sources protégées. Des litiges se multiplient déjà en Europe et aux États-Unis.

La Fédération Française des Éditeurs a d'ailleurs préparé une contre-offre : une initiative de licences collectives pour permettre aux entreprises d'IA d'accéder légalement aux œuvres publiées. Mais la question de la protection de la propriété intellectuelle reste au cœur des enjeux.

Le gouvernement britannique est sous pression. Il doit présenter un rapport sur l'impact économique des modifications potentielles de la législation sur le droit d'auteur avant le 18 mars. La balance penche dangereusement vers une légalisation du « vol créatif », une perspective qui menace de déstabiliser l'écosystème littéraire et culturel.

La réaction des éditeurs est claire : ils ne laisseront pas leurs œuvres être réduites à de simples données d'entraînement pour des algorithmes qui pourraient les remplacer. L'enjeu est de savoir si le droit d'auteur, tel qu'on le connaît, peut encore faire face à cette révolution technologique.

Le prix à payer pourrait bien être la fin de certains métiers.